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Récemment, vous avez découvert les joies de vivre à la campagne, ou presque. Votre nouvelle ville y ressemble beaucoup, avec ses habitants peu nombreux (16 000 et ça diminue chaque année) et qui se connaissent presque tous ("Hé salut piot, comment qu'c'est?"), ses vertes collines que vous avez le bonheur d'apercevoir depuis vos fenêtres et le fait que dès que vous marchez plus de 5 minutes, vous êtes en plein milieu des champs. Ah c'est sûr, ça vous change de votre grande ville, des bruits de circulation toute la journée, de la foule dans les bus aux heures de pointes, des gens qui se promènent à toute heure du jour et de la nuit, bref de toute cette effervescence qui vous manque cruellement. Et vous vous dites que vous ne vous y habituerez jamais, même au bout de trois longues années de pratique.
Surtout lorsqu’il s’agit pour vous de prendre le bus. En effet, écologiste convaincue, et soucieuse de ne pas gaspiller un centime du modeste salaire que vous gagnez, vous n’avez pas de voiture, ces véhicules bruyants et polluants. Hélas, vous ne pouvez pas échapper à certains inconvénients du statut de piéton, comme devoir prendre les transports en commun dans cette petite bourgade dans laquelle vous avez du vous exiler. Là où vous habitez avant, cela ne posait aucun problème, la fréquence de passage des bus étant assez élevée. Mais maintenant… vous avez appris les horaires de bus par cœur, ce n’était pas très long, et vous devez faire vos courses contre la montre, afin de ne pas rater le bus du retour. Sinon vous êtes condamnée au choix, à vous faire les muscles en ramenant à pied et à bout de bras vos sacs de courses débordant (et à perdre la moitié de vos surgelés dans la bataille), ou à perdre une heure précieuse de votre temps que vous ne pourrez jamais rattraper en attendant le bus suivant (et à perdre aussi une bonne partie de vos surgelés). Si vous avez la malchance de louper le dernier, à 18h45, vous n’avez de toute façon plus d’alternative.
Ce que vous aimez par-dessus tout, ce sont ces petits moments précieux quand vous attendez le bus à l’arrêt. Par exemple, vous adorez patienter dans le bus jusqu’à ce que le chauffeur, en pleine conversation avec ses petits collègues, daigne enfin prendre son service. Vous comprenez leur
besoin de tisser le lien social, mais il serait plus normal qu’ils le fassent en dehors de leurs heures de travail. Vous pensez que soit il leur
manque l’accessoire indispensable pour partir à l’heure, une bonne vieille montre à quartz (encore leur faut-il penser à changer la pile), soit ils ont besoin d’une formation de toute urgence
pour combler les lacunes de leur apprentissage de l’heure dans leur petite enfance. Evidemment, dans votre grande ville d’origine, les bus ont aussi parfois du retard, du principalement à la
circulation (ce qui ne risque pas d’arriver là où vous vivez maintenant), mais vous n’avez encore jamais vu un chauffeur se faire apporter le café par son conjoint à l’arrêt de bus
(réjouissez-vous à présent c’est fait, et vous pourrez vous dire votre dernière heure venue que vous avez vraiment tout vu). Vous aimez aussi lorsque le chauffeur se trompe de route, ça vous
permet de découvrir le paysage, c’est tout à fait fascinant. Pourtant la ville n’étant pas bien grande, vous admirez qu’on puisse arriver à s’y perdre...
Un jour, vous avez même eu droit à un chauffeur particulièrement sympathique. Pauvre de vous, vous avez oublié votre carte vous
permettant de voyager gratuitement sur le réseau. A ce propos, n’est-ce pas fantastique, cette gratuité ? Bien sûr, vous la payez dans vos impôts locaux, qui ont presque doublé depuis la
mise en place de cette géniale opération, bien sûr ceux qui ne payent pas d’impôts locaux ont vraiment le bus gratuit, bien sûr ceux qui en payent et ne prennent pas le bus se font royalement
arnaquer par la mairie, mais quelle idée ingénieuse ! Mais revenons-en à ce jour funeste où vous avez eu la mauvaise idée de changer de sac à main et de laisser votre pass dans l’autre
(problème typiquement féminin, quand on change de sac à main, on oublie toujours quelque chose mais il faut bien que tout soit assorti, non ?). A l’aller, vous n’avez eu aucun souci, le
chauffeur étant à 500 mètres de son bus, en train de discuter avec ses collègues, laissant son véhicule à la merci de n’importe qui. Quelle confiance en son prochain ! Vous êtes montée avant
qu’il ne revienne, tranquillement. Mais au retour, le chauffeur vous demande votre carte. Vous lui expliquez, avec un beau sourire, que vous l’avez oubliée. Il ne veut rien entendre et vous somme
de payer un euro pour le ticket, parce que rien ne lui prouve que vous habitiez dans cette ville. Il est vrai que c’est très commode et commun de faire ses courses à dix kilomètres de son
lieu d’habitation en bus et vous adorez faire chauffer vos biceps à coup de sacs à provisions avant de rentrer chez vous, loin, si loin de cette ville. Vous essayez de lui faire entendre
raison, en tentant de garder votre calme (il ne servira à rien de lui sortir les noms d’oiseaux que vous avez dans la tête), lui dites qu'il n'y a que cette ville qui est desservie par le
bus mais il est plus têtu que vous (et beaucoup plus stupide aussi). Vous cédez et lui payez votre ticket. Tant pis, ça vous apprendra à changer de sac à main. Et vous vous demandez s’il ne
serait pas temps de penser à devenir automobiliste…
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