Vous évoquez parfois avec une pointe de nostalgie la période bénie qui a suivi votre emménagement dans votre premier appartement. Grâce à la société Conforama (le pays où la vie est moins chère), vous en gardez des souvenirs impérissables (c'est aussi le pays où la vie est galère). En effet, ils vous en fait voir de toutes les couleurs, c'était un véritable festival arc-en-ciel de bourdes en tout genre. Dès le départ, le jour où vous avez eu la riche idée de commander tous vos meubles au même endroit, y compris vos électroménagers, ça ne s'est pas passé comme vous le souhaitiez. Certains articles n'étaient pas en stock et le délai d'attente assez long (un mois et demi pour avoir un canapé, vous vous demandez jusqu'où ils sont allés le chercher... Equateur? Caraïbes? Tanzanie?). Mais vous n'avez pas le choix, et pas la possibilité matérielle et temporelle de faire d'autres magasins (vous auriez quand même dû, si vous aviez su, vous ne seriez pas venue). Vous passez votre commande quand même, délais d'attente compris, vous avez même une petite réduction sur votre cuisinière car vous prenez le modèle d'exposition, et vous demandez également une ristourne sur les monstrueux frais de livraison (ils auraient pu le faire d'eux-mêmes, quel manque de commercialité). Heureusement, dans votre malheur, vous avez de la chance, les frigos et la cuisinière vous seront livrés en premier, vous allez pouvoir survivre. Le premier hic arrive en force, il faut trouver un jour de livraison qui vous convienne. Evidemment, ils ne font pas de livraison le samedi, et vous travaillez le reste de la semaine, sachant qu'en plus vous habitez à près de 300 kilomètres de votre futur lieu d'habitation, rien n'est gagné. Heureusement, votre père vient à votre secours et se propose aimablement de faire le trajet (il n'habite pas la porte à côté non plus) pour réceptionnez vos affaires.
Le jour est donc convenu, les livreurs doivent passer entre 9h et 11h. Vous aimez beaucoup ça, quand on vous donne une fourchette de livraison de 2 heures, qui vont être bloquées si la livraison survient à la fin de la fourchette. Votre père s'est levé aux aurores pour être là à 9 heures précises, 3 heures de route quand même. Bien sûr, les livreurs passent à 11h30! Sans compter qu'au passage ils oublient votre machine à laver... Ce qui oblige votre père à attendre jusqu'à l'après-midi pour pouvoir repartir. Comble de l'ironie, le livreur repasse tout seul et votre père doit l'aider à monter la machine jusque chez vous (il n'y a pas d'ascenseur dans votre immeuble, heureusement vous n'êtes qu'au 2ème étage). A se demander pourquoi vous payez des frais de livraison exorbitants si votre père doit faire la moitié du travail!
Parlons-en, tiens, de votre machine à laver. Vous l'utilisez pour la première fois, après avoir déchiffré le manuel, elle tourne tranquillement, tout roule quand tout à coup, elle se met à faire des bonds de cabri. Paniquée, vous vous y mettez à deux pour qu'elle arrête de sauter et vous essayez de comprendre ce qui lui arrive. A-t-elle développée une vie propre? Veut-elle s'échapper à tout prix de votre cuisine? Vous descendez téléphoner de la cabine (vous n'avez pas encore de ligne téléphonique et de votre portable, ça va vous coûter une fortune), vous appelez le service après vente, lui expliquez ce qui se passe et il vous demande si vous avez pensé à débrider votre machine. A la débri...quoi?? Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire? Vous êtes novice en la matière. Il vous explique donc qu'il s'agit simplement d'enlever les cales du moteur. Mais c'est bien sûr, vous auriez du y penser! Mais pourquoi diable les livreurs ne l'ont-ils pas fait? Vous vous retenez à grande peine de l'insulter copieusement, ce n'est pas sa faute, et retournez chez vous, débrider votre machine. Ouf, elle ne saute plus comme si elle allait exploser votre plafond, vous voilà rassurée.
Mais la partie n’est pas gagnée pour autant. Pour le moment, vous faites du camping chez vous, matelas au sol dans votre chambre et couverture en guise de canapé dans le salon. Qui sait, vus allez peut-être lancer une nouvelle tendance ? Quand vous appelez Conforama pour tenter de savoir quand vous serez livrée, vous avez chaque fois à faire à une autre personne, qui vous donne une nouvelle date : une fois ce sera semaine 40, puis semaine 44, puis semaine 41, et pourquoi pas celle des 4 jeudis pendant qu’on y est ?! Le meilleur, c’est le jour où vous recevez une appel sur votre portable et que la jeune femme au bout du fil vous annonce, le plus sympathiquement du monde, que vos affaire sont disponibles et que vous pouvez venir les hercher le 26 comme convenu… Bravo, vous êtes entrée tout droit dans la 4ème dimension, au-delà du réel ! De un, vous ne savez pas avec qui ça a été convenu mais sûrement pas avec vous, de deux, vous payez des frais de livraison pour être livrée, justement, pas pour faire le boulot vous-même, de trois… vous allez bientôt, incessamment sous peu, péter un boulon et devenir chauve à force de vous arrachez les cheveux. Finalement, alors que vous alliez perdre le peu de raison qui vous restait, une date a été fixée et vous croisez les doigts jusqu’au bout.
Evidemment, vous avez du prendre une demi-journée de congé, impossible de trouver une heure qui vous convienne en dehors de vos horaires de travail. Vous avez pourtant des horaires variables et êtes assez flexible, mais pas eux. Vous attendez toute la matinée, coincée chez vous, passez des appels toutes les demi-heures, on vous dit qu’ils arrivent et vous êtes énervée au plus haut point. Ils débarquent à 12h45, vous auriez pu ne pas prendre de congé et vous êtes remontée à bloc. Le livreur, à peine arrivé, vous dit que vous avez de la chance parce qu’ils n’auraient pas du vous livrer aujourd’hui… Vous tombez des nues ! Vous lui dites que pourtant la date avait été fixée. Il est extrêmement désagréable, vous prend pour une idiote née de la dernière pluie, mais vous ne pouvez pas lui en coller une, il est grand et fait deux fois votre taille alors vous vous abstenez. Les premiers meubles sont montés, tout va bien, jusqu’à ce que ce soit le tour du canapé. Vous êtes quelques marches plus haut que les livreurs et tout à coup, vous les voyez avec horreur casser un carreau de la fenêtre de la cage d’escalier avec un bout de votre canapé ! Vous n‘oublierez jamais le bruit du verre qui éclate, ni l’envie soudaine qui s’est emparée de vous d’en prendre un pour taper sur l’autre. Si seulement vous aviez pu ! Vous allez galérer pendant quelques semaines avant que ça ne soit réparé, et pris en charge par l’assurance de la société de livraison, qui ne fait pas partie de Conforama. Et ce en plein hiver bien sûr. Heureusement que ce n’est pas dans votre appartement.
Enfin les livreurs sont partis, vos meubles sont chez vous, en kit, prêts à être montés. Le soir venu, après votre travail, vous vous apprêtez à monter votre meuble de télévision. Vous ouvrez l’emballage, consultez consciencieusement la notice, regardez chaque pièce, et là, stupeur et tremblement, les planches, qui devraient être symétriques, sont identiques. Vous ne pouvez en aucun cas monter ce meuble !! Là, les larmes vous montent aux yeux, des larmes de colères et de découragement, vous n’en pouvez plus de tous les problèmes que vous avez eus avec ce magasin. Plus tard, vous vous faites rembourser le meuble, ils viennent le rechercher et vous écrivez une lettre incendiaire au responsable du magasin, lui demandant un geste commercial. Il vous fait cadeau du prix de votre table basse, qui ne vous a pas encore été livrée, ainsi que de ses frais de livraison. Une chose est sûre, vous boycottez à vie Conforama et incitez tous les gens que vous connaissez à faire de même. Plus jamais ça !